“Is Man Just a Machine ?”

8th Interdisciplinary seminar of Ponte Di Legno (Alpes italiennes).

Séjour de philosophie des sciences dans une station de ski.

Ponte di Legno est un village dans les Alpes Italiennes qui, tous les 2 ans, accueille pendant les congés de Noël un groupe un peu particulier de skieurs. Ce sont des skieurs qui se dirigent tous les matins vers les pistes en bavardant en anglais de philosophie quantique, du combat intellectuel entre les tenants du darwvinisme et ceux de l’intelligent design ou encore de la question de l’indécidabilité dans une théorie mathématique. Il est 11h du matin. Ces skieurs viennent d’assister aux deux premières heures de séminaire de la journée et ils vont peut être chercher à s’éclaircir les idées au sommet de la piste Paradiso à 3000 m d’altitude.

Tous les deux ans, les séminaires de Ponte di Legno abordent un thème nouveau qui réunit des scientifiques, des philosophes, des linguistes etc. Tous sont bien décidés à apprendre et débattre des dernières découvertes scientifiques et s’interroger sur ce qu’elles peuvent nous apprendre sur l’homme son esprit, la vie, Dieu, etc.
Pour la huitième édition du "Ponte di Legno Interdisciplinary Seminar", le thème retenu posait l’ambitieuse question : "Is man just a machine ?"

Dix huit conférences données par des étudiants, des professeurs, des chercheurs ont apporté des éléments de réponse.

Cesare S., de l’Ecole Normale Supérieure de Pise, décrit les dernières avancées technologiques dans le domaine des robots bio-inspirés. Il présente quelques récentes réussites technologiques de machines capables de marcher, de répondre aux questions, de lire sur le visage de l’interlocuteur humain si ce dernier est en colère ou bien d’humeur légère. Il semblerait que très prochainement nous risquons de rencontrer des robots d’accueil dans les hôtels ou à l’entrée des musées…

Même si ces progrès technologiques fascinent, l’écart avec l’être humain reste abyssal. Juleon S., professeur de physique à Delft le souligne quand il explique la notion d’irréductible complexité. En effet, lorsque l’on essaye de penser un processus d’évolution reliant des animaux à l’être humain, il faut envisager des sauts qualitatifs dont la sélection naturelle ne peut rendre compte. C’est le point clef qui oppose les ultra-darwiniste et les partisans d’une intelligence ordonnatrice (intelligent design) de l’évolution.

Dans le fil de cette réflexion, Mark F., professeur de physique en Grande Bretagne présente un exposé teinté d’humour. Si l’homme n’était qu’une machine issue du processus de l’évolution, alors rien ne s’opposerait à ce que d’autres planètes de l’un des milliards de systèmes solaires de notre Univers, porte également une vie intelligente. Méthodiquement, le conférencier répertorie toutes les conditions que doit remplir une planète pour pouvoir héberger la vie. La probabilité de pouvoir rencontrer nos alter-ego extra-galactiques varient entre 10-4 et 10-9 %. Au rythme de l’évolution il faudra donc s’armer de quelques milliards d’année de patience.

Patrick D. professeur canadien de linguistique, s’arrête sur ce que le langage peut nous apprendre sur notre intelligence et notre manière d’appréhender le réel. Il souligne en particulier que la signification d’une phrase n’est jamais un pur observable si bien que langage et compréhension sont indissociables. Son discours rencontre quelques oppositions parmi les scientifiques habitués à décrire leur objet scientifique par une équation précise ou un système de chiffres univoque.

Matthias Lang, étudiant en médecine décrit les prodiges de la génétique et évoque en particulier les parthenotes, ces clones de souris obtenues à partir de la seule information génétique de la mère et dont le développement parvient jusqu’au battement cardiaque of la circulation sanguine mais qu’un mécanisme mystérieux stoppe brutalement. L’homme sait-il vraiment jouer à l’apprenti sorcier ?

Lorenzo, un étudiant en physique de Zurich a évoqué une expérience de physique quantique qui met en évidence le caractère probabiliste et donc aléatoire des phénomènes quantiques. Comment peut-on envisager la causalité dans ces conditions ? Doit-on invoquer l’intervention de causes non sensibles ? De telles causes non sensibles auraient-elles une certaine similitude avec nos actes mentaux ?

Au fil des jours, les conférences se succèdent, les idées s’accumulent et les échanges s’intensifient. Certains assistants finissent même par proposer une conférence supplémentaire au programme pour répondre à des interrogations. Ainsi Ladislas, étudiant parisien détaille le rôle des protéines dans le mécanisme cellulaire. Braslav étudiant en mathématique de Zagreb fournit quelques éclaircissements sur le théorème de Gödel.

Quand le séjour s’achève, il n’est pas certain que le nombre de questions ait diminué… au contraire chacun regagne son pays avec la ferme intention de poursuivre les réflexions, et en tout cas de ne pas manquer le prochain séminaire qui pourrait d’ailleurs bien avoir lieu dans une capitale européenne avant de revenir à Ponte di Legno.