Système de santé français : place du secteur pharmaceutique ?

En sa qualité d’étudiant étranger, M. Guita peut porter sur le système de santé français un regard extérieur, sans doute plus objectif. Son cursus au sein des facultés de Médecine et de Pharmacologie lui permet d’apprécier dans son ensemble ce système sui generis.
Lors de son propos introductif, et après avoir mis en lumière les qualités de ce système que sont la grande spécialisation de ses acteurs, l’excellence de ses résultats, sa visée essentiellement sociale, M. Guita a insisté sur ses spécificités, et notamment le lien consubstantiel que celui-ci entretient avec l’Etat.

Si le système de santé mondial est dominé par l’OMS, cette institution spécialisée de l’ONU regroupant des experts et chargée de proposer des stratégies en tentant d’unifier le travail mondial des professionnels de santé, le système mondial est marqué par une multitude d’acteurs, Etat en tête (plus précisément le Ministère des Solidarités et de la Santé). Il s’agit d’un système cohérent où les rôles sont clairement définis, répartis entre un certain nombre d’acteurs. Ainsi, la Pharmacie et la Médecine sont séparés, jusqu’au sein du cursus universitaire. A été instituée une Autorité Administrative Indépendante, la Haute Autorité de Santé (HAS) qui remplit les trois grandes fonctions d’évaluation, de recommandation des pratiques et de certification/accréditation des établissements et disciplines. Deux autres acteurs doivent être cités : l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) qui est un établissement public ayant pour mission principale d’évaluer les risques sanitaires présentés par les médicaments et produits de santé destinés à l’être humain, ainsi que le Comité Economique des produits de Santé (CEPS) qui est un organisme interministériel placé sous l’autorité conjointe des ministres chargés de la santé, de la sécurité sociale et de l’économie, et est principalement chargé par la loi de fixer les prix des médicaments et les tarifs des dispositifs médicaux à usage individuel pris en charge par l’assurance maladie obligatoire.
Ceci permet de mesurer la place prépondérante des pouvoirs publics, et notamment de l’Etat, dans la gestion du système de santé en France. En effet, le gouvernement définit les grandes stratégies, et notamment la stratégie nationale de santé, sur recommandation du Haut conseil de santé publique (HDSP). Voici donc l’environnement au sein duquel évoluent les grands industriels, les laboratoires pharmaceutiques.
Avant d’aborder plus concrètement les enjeux spécifiques du secteur pharmaceutique dans le système de santé français, M. Guita a présenté succinctement ce secteur qui emploie plus de cent mille personnes en France en 2010 tandis que l’ensemble de la chaîne du médicament emploie près de trois cent mille personnes. En effet, ce secteur ne comprend pas seulement les pharmaciens d’officine que nous connaissons bien, mais également des universitaires, des pharmaciens d’hôpitaux et des pharmaciens du secteur privé qui travaillent pour les grands industriels. Le propos s’est ensuite concentré sur la place et le rôle de l’industrie pharmaceutique dans le système de santé.
Il faut avoir à l’esprit que le processus menant à la vente d’un médicament sur le marché est extrêmement long et se décompose en différentes phases allant de la recherche pré-clinique à la commercialisation en passant par les essais cliniques, le dépôt d’un brevet, l’obtention d’une autorisation de mise sur le marché, et la fixation du prix par la CEPS.
L’industrie pharmaceutique est donc soumise à de fortes contraintes : la recherche et le développement coûtent extrêmement cher et ne donnent pas l’assurance d’aboutir à des résultats exploitables, le brevet ne confère une exclusivité d’exploitation que pour une durée limitée de vingt ans prorogeantes de cinq ans, et enfin les prix sont fixés par la CEPS. Il s’agit pour ce comité de tenir compte du besoin du médicament sur le marché ainsi que des capacités de remboursement de l’assurance maladie. Il arrive régulièrement que le prix proposé par le comité ne convienne pas au laboratoire qui prend alors la décision de ne pas commercialiser le produit. Dans ce cas, il aura toujours la possibilité de l’exploiter sur le marché nord-américain, lequel n’est pas aussi régulé.
Ainsi, les laboratoires sont régulièrement critiqués pour leurs décisions de ne pas commercialiser un produit dont le prix ne leur conviendrait pas. Cependant, il faut aussi comprendre qu’il s’agit de la limite du système français qui permet de garantir une santé à des coûts très bas pour les malades, tout en ne permettant pas une maximisation de la mise sur le marché des médicaments. Le système américain est tout autre, mais en contrepartie les médicaments même les plus ordinaires sont commercialisés à des prix prohibitifs pour le commun des malades, et même pour les plus riches. Même leur système d’assurances privées ne leur permet pas de faire baisser les prix.

En définitive, M. Guita a mis en lumière toute la complexité de ce secteur, soumis à une régulation sans pareille dans le monde, mais qui obtient cependant d’excellents résultats malgré les quelques scandales dont les journaux se sont fait l’écho. Il a enfin souligné qu’il s’agit d’un secteur en pleine croissance, notamment avec le développement des biotechnologies, offrant de ce fait de formidables opportunités d’emploi.