Trader à la City à Londres

Samedi 13 octobre Garnelles avait la joie de recevoir François-Xavier Bouillet, ancien trader chez JPMorgan puis chez Goldman Sachs. Ses quinze années d’activité, dont une majorité à la City, lui ont donné une vue exhaustive de la situation d’un catholique dans cet univers. En une heure de temps, il nous a livré de précieux conseils pour réussir sa vie professionnelle sans faire abstraction du spirituel.

De prime abord, un conseil à deux branches fut formulé : A) il faut être un spécialiste dans son domaine ; B) il faut être entrepreneur dans son emploi.

A) Nous vivons dans une société de spécialistes. Si quelqu’un dans l’entreprise a besoin de savoir quelque chose, vers qui va-t-il se tourner ? Il faut que ce soit vous. Développez vos connaissances, ne soyez pas celui qui travaille sans même savoir ce qu’il fait, ou qui utilise des acronymes sans en connaître la signification.

Être doué ne suffit pas, le faire savoir est tout aussi important ; par voie de conséquence il est nécessaire de faire sinon le marketing, du moins la promotion, de ses compétences.
L’expression anglaise est to be the go to guy, la personne à aller voir, voilà ce que nous devons être. Quelqu’un qui fait bien son travail, a fortiori si s’y ajoute un motif surnaturel, rayonne et attire les autres. L’Esprit saint enverra des gens vers nous, il est de notre devoir de les accueillir.

M. Bouillet a rappelé que les connaissances sont accessibles, disponibles, mais souvent difficiles à avoir – ou alors coûteuses, au moins en temps. Ainsi le go to guy simplifie la vie de ceux qui s’adressent à lui.
Cela dit, si les connaissances doivent être partagées, une limite doit également être considérée. Selon le climat dans l’entreprise (période de licenciement…) le discernement doit amener le go to guy à savoir s’il est vraiment pertinent de dire tout ce qu’il sait, au risque de plus être irremplaçable.
En outre il y aura toujours des collègues égotiques qui, pour cette seule raison, ne souhaiteront pas demander de l’aide à qui que ce soit.

B) Être entrepreneur dans son travail, c’est voir son poste comme un business à développer.

Cela commence par savoir où se trouve son poste dans l’entreprise, pour connaître sa place institutionnelle dans la hiérarchie et pour identifier ses marches de manœuvre sans empiéter sur les activités connexes des collègues. Chez Goldman Sachs il n’y avait pas d’organigramme, le flou était volontairement laissé. Seuls les responsables disposaient d’organigrammes cachés.

Par mesure de prudence il est préférable de privilégier la diplomatie surtout lorsque l’on est conscient des rapports de force et de copinage dans son environnement. Il faut être fort tout en sachant se protéger du burn out, ce qui requiert de savoir dire non. La solution au burn out est souvent la fuite.

• L’outil principal de communication en entreprise, c’est l’e-mail.

Un premier conseil consisterait à dire que conserver une messagerie propre suppose de la nettoyer régulièrement.
Un second conseil serait de rappeler qu’il n’est pas convenable de faire attendre l’interlocuteur, les réponses données au bout de trois jours sont à proscrire, sauf cas particulier. Il peut en effet être pertinent de tarder à répondre, par exemple si l’on a besoin de s’engager dans une certaine relation de pouvoir, en faisant alors attendre un peu l’interlocuteur.

Le contenu du mail doit être irréprochable, les mots orduriers ou politiquement incorrect sont à proscrire, car des algorithmes les repèrent. Il y a une police déontologique interne, dans les entreprises anglo-saxonnes le moteur en est la peur de perdre sa réputation, dans les entreprises françaises, de manière plus vicieuse, le dessein est de licencier plus facilement.

L’anglais doit impérativement être maîtrisé. L’accent français n’est pas « mignon », il est rédhibitoire devant un Américain qui se croit partout chez lui. Parmi les sujets de moquerie à Londres il y a les blagues à propos de ceux qui ont mal prononcé tel ou tel mot. Connaître le vocabulaire propre à sa sphère de compétence est le minimum, par la suite il est opportun d’améliorer ses tournures et de puiser dans le viatique langagier quasi infini que nous propose cette langue.

• Être occupé
Ce sont les gens occupés qui intéressent. Si un responsable veut qu’une tâche soit accomplie, il demande toujours à la personne qui est occupée, parce que la personne occupée s’est vue confier des tâches par d’autres, c’est donc qu’elle est douée ; nous devons être cette personne, et lutter constamment contre le désœuvrement. En entreprise, dans un premier temps du moins, il faut être le premier arrivé et le dernier parti.

• Reconnaître les coteries
Dans tous les milieux des groupes se forment. Par exemple si le patron est Américain l’équipe sera diverse, si le patron est Anglais l’équipe sera diverse… au niveau de l’Angleterre. Il ne faut pas être obnubilé par les groupes qui se forment en fonction d’affinité ethnique, religieuse ou nationale mais c’est un élément à prendre en compte dans le rapport de force, sans se morfondre.