La fiction est-elle un mensonge ?

Réunis pour la troisième fois, les membres du club de lecture ont un doute. La raison d’être de leurs lectures se trouve profondément bouleversée par cette question qui les taraude depuis leur dernière entrevue : la fiction, finalement, n’est-elle que mensonge ?
Inspirés par la lecture des ouvrages La Mort de Virgile (Hermann Broch), Au cœur des ténèbres (Joseph Conrad) et L’Enfant étranger (Gertrud von Le Fort), le club a décidé de vous faire part des grands axes qui ont permis de résoudre son problème. Une brève présentation des œuvres a été nécessaire avant de commencer à entamer la discussion.
La Mort de Virgile retranscrit la méditation du poète Virgile dans laquelle ses rêves se mêlent aux ultimes conversations qu’il a avec ses amis.
Au cœur des ténèbres nous plonge dans le passé colonial de l’Afrique en relatant crûment quelques exactions que les colons ont pu commettre contre des tribus africaines.
L’Enfant étranger, enfin, nous fait revisiter, de la fin du XIXe siècle à la fin de la Seconde Guerre mondiale, une petite bourgade allemande dans laquelle le caractère d’une jeune femme excessivement empathique, tendre et incomprise dénommée Caritas, est confronté avec les normes de la société aristocratique prussienne.

Passons maintenant au traitement du sujet en nous mettant d’accord sur les termes. « fiction » provient directement du latin « fictum », le supin du verbe « fingere » qui signifie « fabriquer ». La fiction répond à notre besoin de fabriquer, d’inventer dans une réalité dans laquelle on baigne en permanence. La fiction répond à notre besoin d’invention qui nous fait vouloir sortir de notre monde quotidien. Dans une œuvre littéraire, elle est embellissement de la réalité.

Vue de cette manière, la fiction nous illusionne. Nous qui sommes nés pour la recherche de la vérité, comment s’accommoder de la lecture d’un récit dans lequel on ne peut discerner le vrai du faux ? Comment notre intelligence et notre sensibilité peuvent-elles se laisser passionner par des récits fictifs ? « Notre goût pour la fiction n’est-il pas une inclination mauvaise soufflée à notre oreille par quelque mauvais génie ? – Mais tu oublies que les paraboles de Jésus relèvent, elles aussi, de la fiction... »

En fait, la fiction est à certains égards salutaire. Par le détour de la fiction, nous revenons à la réalité : on le voit dans les paraboles de Jésus qui est Vérité : elle nous permet d’appréhender plus facilement notre réalité. L’écrivain, lui, utilise ses fictions comme un laboratoire dans lesquels il effectue des essais afin de confronter sa vision du vrai, du bon et du juste avec la réalité.