Conférence sur Saint Augustin : se convertir et se souvenir de la conversion

La conférence de Jean-Marie Salamito

Saint Augustin nous a livré la plus grande œuvre de l’Antiquité occidentale ; aujourd’hui encore, nous retrouvons des textes de lui. Son père est païen, sa mère chrétienne ; sa conversion est en fait un retour à la foi, car il avait été catéchumène. Il est revenu au Christ sous l’égide de saint Ambroise, qui meurt en 397. La lecture allégorique de la Bible que promouvait saint Ambroise a aidé saint Augustin à comprendre des passages qui le gênaient.

Le parcours de saint Augustin est progressif : les néo-Platoniciens, d’abord, lui apprennent la pensée contemplative, puis le manichéisme lui pose le problème de la matière, de l’esprit et du mal, puis c’est la conversion intellectuelle au christianisme. La démarche, incomplète, se heurte à une difficulté existentielle : la conversion de l’affectivité, de la volonté. À l’époque, beaucoup de chrétiens ne sont pas encore baptisés : le baptême signifie un grand changement de vie, car il faut rompre avec sa vie de païen. Augustin avait une compagne et un fils : il ne pouvait s’en détacher. Il hésite donc : il n’est pas sûr d’être assez fort. Il imagine alors un retrait du monde car il ne conçoit pas de rester chrétien dans le monde.

Une crise intérieure a lieu au cours de l’été 386 : un appel à la perfection malgré son attachement à ses affects. C’était au mois d’août à Milan. Les Confessions sont écrites à la fin des années 390, et publiées vers 400. La conversion amène un nouveau regard sur son propre passé. Sur la confession comme autobiographie plane le soupçon de la relecture de sa vie à partir du moment de la conversion. L’œuvre de Saint Augustin est avant tout une prière à Dieu, non pas une justification destinée à des hommes. Authenticité ? Oui, car étant adressé à Dieu, ce texte ne peut être que véridique, car Augustin sait bien que Dieu sait tout. Il n’invente donc rien. Il veut rendre grâces à Dieu pour tout ce qu’Il a fait. Saint Augustin écrit toute son œuvre sous le regard de Dieu.

L’importance des Confessions

Saint Augustin fait preuve d’une grande honnêteté intellectuelle. Ses citations et références sont majoritairement exactes ; quand elles ne le sont pas, il le précise, comme le montre l’exemple de l’arbre sous lequel se tient Nathanaël, dans l’Evangile : saint Augustin invente un figuier, « sub ficu », mais il avoue l’approximation. Augustin est le seul auteur de l’Antiquité à le faire, à descendre à un tel niveau de précision textuelle. Les historiens, tels Thucydide ou Tacite, quand ils reprennent les discours des empereurs, recomposent dans leur style en gardant les idées de l’empereur. Et ils ne le précisent pas. Augustin, si.

Augustin écrit pour les besoins de l’Église : les Confessions sont écrites sur demande d’amis. Augustin raconte tout car en tout temps Dieu s’occupe de lui : il parle du moment où il était dans le ventre de sa mère, chose inconvenante dans l’Antiquité. On ne trouve nulle part ailleurs une telle recherche rhétorique des effets de réel. Il est également le seul auteur de l’Antiquité à parler des violences conjugales et des enfants dans le menu détail. Les Confessions posent les fondements de l’œuvre littéraire moderne.

Autre élément étonnant chez saint Augustin : la relative mesure dans la polémique. Dans l’Antiquité, toute attaque est justifiée par la rhétorique. Dans toute polémique, on s’écrase les uns les autres. Jamais saint Augustin n’assure quelque chose sans témoignage ; jamais un mot agressif sur Pélage. Contre les donatistes, il ne parle jamais de leurs massacres sans source. Il avait une volonté de solitude forte, mais il s’est mis à la disposition de tous, constamment. Il avait tout pour être l’intellectuel retiré à bâtir son œuvre.

Pour aller plus loin

« Le concept de confession dans les Confessions de saint Augustin », Joseph Ratzinger, dans la Revue des études augustiniennes, 1955.